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CIPCRE-Bénin : 1993 – 2021 : 28 ans d’engagement pour un Bénin plus humain, sain et vert.

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Suite à une étude réalisée en 2008 sur la Traite des Enfants à des Fins d’Exploitation Sexuelle au Bénin, une vaste Campagne Nationale a été organisée en 2009-2010 contre ce mal rampant qui avilit les enfants.

Les recommandations recueillies lors de la Campagne ont permis d’élaborer de projets ciblés (ciblage sectoriel / ciblage territorial). D’où l’initiation du projet de sensibilisation contre l’abus et l’exploitation sexuels des filles dans les écoles du Département de l’Ouémé, projet qui a bénéficié de l’appui de KiRA et a effectivement démarré dès septembre 2010 dans les Communes d’Adjarra, des Aguégués, d’Akpro-Missérété et de Porto-Novo. Dix sept (17) établissements scolaires à savoir huit (08) écoles primaires et neuf (09) collèges/lycées ont été sélectionnés dans les quatre (4) communes pour bénéficier des activités du projet. Dans ce cadre, le CIPCRE-Bénin et les acteurs scolaires mènent une série d’activités dont voici quelques unes.

I- SEANCE D’ECHANGES AVEC LES ACTEURS DU MONDE SCOLAIRE

Tenue à la salle de réunion de L’Ecole Urbaine Centre de Porto-Novo, le mercredi 27 octobre 2010, la séance a été marquée par deux allocutions et une communication thématique. Le Directeur National (DN) du CIPCRE-Bénin a souhaité la bienvenue à tous les participants, pour avoir fait le déplacement malgré la pluie. Madame Suzanne SOUARE-MICHEL, chargé de projets à KiRA a présenté son Institution dans ses activités en Afrique. Communication sur la thématique : La problématique de l’abus et de l’exploitation sexuels des filles dans les écoles.

1. Quelques définitions

• L’abus sexuel est l’acte lors duquel un enfant est utilisé à des fins sexuelles (avec ou sans consentement)
• La violence sexuelle caractérise toutes les relations sexuelles imposées aux enfants par la force, la contrainte, la menace ou la surprise
• L’exploitation sexuelle de l’enfant peut se faire à des fins de satisfaction de ses besoins sexuels personnels ou à des fins commerciales. L’exploitation sexuelle des enfants est considérée comme un crime dans tous les pays.

2. Bref aperçu sur le phénomène

- Les enfants sont particulièrement vulnérables à la violence sexuelle, compte tenu de leur niveau de dépendance, du peu de pouvoir et de leur capacité limitée à se protéger. Des facteurs ethniques, de genre, culturels, économiques et sociaux supplémentaires les exposent davantage au risque d’être victimes d’abus et d’exploitation sexuels.

- Le travail comme premier facteur de risque. Dans la plupart des pays africains, par tradition ou en raison de pressions économiques, les enfants et les adolescents travaillent. C’est dans ce cadre que l’on rencontre le plus d’exploitation et d’abus sexuels (exemple des filles domestiques).
- Les conflits armés touchent un certain nombre de pays et de ce fait les enfants sont plus exposés : exactions, pires formes de travail, exode. Les enfants réfugiés ou déplacés courent un risque accru d’exposition aux violences et à l’exploitation sexuelle.
- Des coutumes néfastes comme le mariage précoce ou forcé restent prégnantes dans certaines régions et les filles, qu’elles s’y soumettent ou qu’elles le refusent, sont exposées à des violences sexuelles. En effet, celles qui arrivent à s’y soustraire sont souvent obligées de fuir en ville et deviennent des proies faciles.
- L’école comme moyen par excellence de diffuser l’instruction et de ce fait permettre aux enfants de mieux se protéger est parfois à l’origine de ce type d’abus (motif important d’abandon scolaire des filles).

3- Les manifestations du phénomène en milieu scolaire

Les situations d’abus, de violence et d’exploitation de nature sexuelle peuvent revêtir plusieurs formes différentes :

- harcèlement verbal à connotation sexuelle des garçons envers les filles
- actes sexuels en échange de bonnes appréciations et bonnes notes
- relations sexuelles pour le paiement des frais de scolarité
- séduction de filles par des professeurs - viol collectif des jeunes filles par leurs camarades d’école qui pensent ainsi les «discipliner» - harcèlement sexuel des garçons par des professeurs

En milieu scolaire : trois formes d’abus, de violence et d’exploitation sexuels sont systématiquement rencontrées dans la quasi-totalité des pays de la région :
- la séduction des filles par les enseignants (21/22 pays qui la mentionnent)
- une bonne notation en échange d’actes sexuels (20/22)
- un harcèlement verbal des filles par les garçons (19/22) Après cette présentation, les participants ont émis des préoccupations il s’agit de :
- l’abus des garçons par les enseignantes et les filles
- l’abus, une limite est-elle permise ? - la rue est importante dans le domaine ou mauvaise compagnie
- renforcer la fille à l’école et la maison, elle pourra faire face à la rue
- si abus, alors dénoncer pour enclencher le mécanisme de protection - les victimes n’ont pas le courage de dénoncer - la pression sur les autorités qui doivent sanctionner
- la solidarité couvre-t-elle les délits et les crimes contre les enfants ? A toutes ses préoccupations, il a été retenu de mettre l’accent sur la sensibilisation des acteurs du monde scolaire et les parents afin que toutes les couches sociales soient acquises à la cause de la protection des enfants contre tous les abus et l’exploitation sexuelle des filles dans les écoles. Que les filles soient renforcées (sensibilisations, IEC, formations) afin qu’elles puissent faire face à certains pièges des personnes mal intentionnées.

II- LANCEMENT OFFICIEL

Le lancement officiel a fait suite à la séance d’échange. Cette étape a été marquée par plusieurs allocutions : Le coordonnateur de l’Unité Justice et Paix au CIPCRE-Bénin a présenté le cadre technique du micro-projet aux participants en insistant sur les cibles, la zone d’intervention et les stratégies à mettre en œuvre. Avant l’allocution du Directeur du CIPCRE-Bénin, une minute de silence a été observée en mémoire de la petite fille de 10 ans décédée deux (2) semaines auparavant pour avoir été violée par le gardien de son école, et de tous les enfants victimes des abus de la part des adultes. L’allocution du DN a émis l’accent sur la prise de conscience des acteurs dans le cadre de la protection des enfants. C’est un devoir qui incombe à tout adulte, éducateur et parent de protéger l’enfant contre les abus et l’exploitation sexuelle. L’ouverture officielle a été faite par la représentante du ministre de l’enseignement maternel et primaire madame GRIMAUD Denise. Un cocktail a mis fin à la cérémonie de lancement du micro- projet ‘’Sensibilisations contre et l’exploitation sexuels des filles dans les écoles de Département de l’Ouémé.

Vue partielle des participants

 

III- RENFORCEMENT DES CAPACITES DES PRINCIPAUX ACTEURS EN VUE DE LA PROTECTION DES JEUNES FILLES EN SITUATION DE RISQUE OU VICTIMES D’ABUS SEXUEL

3.1 Formation des professeurs-relais

Le jeudi 27 janvier 2011, s’est tenue au siège du CIPCRE-Bénin, la session de formation des personnes contacts/relais dans le cadre de la sensibilisation contre l’abus et l’exploitation sexuels des jeunes filles élèves en milieu scolaire. Dix-neuf (19) enseignants ont pris part à la session parmi lesquelles nous avons compté cinq (05) femmes, trois (03) Directeurs de collège et une (01) Surveillante Générale. Les objectifs de la formation sont les suivants :
 Augmenter le niveau des connaissances des participants en matière d’abus sexuel et de protection des jeunes filles à risque ou victimes
 Informer les professeurs sur leurs rôles personnes-contact/relais
 Renforcer les compétences communicationnelles des professeurs, Déroulement Le module introductif a porté sur : - Le feed back sur la session du 16/12/2010, pour noter les actions entreprises par les participants ; ceux des CEG Gomé Sota, Bio Guéra et Anavié ont commencé par échanger sur le sujet avec les autres professeurs, les élèves et les parents d’élèves. - Les échanges sur les abus sexuels en milieu scolaire et l’environnement protecteur de la jeune fille à risque ou victime d’abus ont été abordés pour préciser à nouveau les concepts d’abus sexuel, de harcèlement sexuel et d’exploitation sexuelle.

MODULE I : Ce module subdivisé en quatre séquences a abordé d’une part, la notion de relais communautaire, terme que nous avons voulu attribuer aux professeurs pour le rôle qu’ils doivent jouer tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de leur école et la notion de communication pour un changement de comportement d’autre part. Séquence
1 : Rôles et responsabilités d’un Relais Communautaire Séquence
2 : Définition de la CCC et son importance Séquence
3 : Eléments de base de la Communication Séquence
4 : Qualités d’un bon animateur

MODULES II : Le module 2 a permis de transmettre aux participants, à titre indicatif, quelques méthodes et techniques de communication pour un changement de comportement. Il s’agit de :
Séquence 1 : L’utilisation de la boite à images
Séquence 2 : Le jeu de rôle Séquence
3 : Les étapes de la conduite d’une causerie éducative Séquence
4 : L’entretien individuel Pour clôturer la séance, un plan de travail a été mis en place de concert avec les participants qui ont souhaité que le contenu soit identique pour toutes les écoles ; d’où la proposition suivante est adoptée : 1ère séance : Vulgarisation de l’arrêté interministériel 2003-16 et la loi 2006-19 2ème séance : identification, causes, manifestations et conséquences des abus sexuels en milieu scolaires Les professeurs contacts/relais devront s’appuyer sur les connaissances acquises et sur les animateurs du CIPCRE pour conduire les séances d’animation. Conclusion A l’issue de la session, les professeurs contacts/relais sont bien imprégnés des contours de la thématique sur les abus sexuels et de leur rôle en tant que relais. La mise en place d’un plan de travail et l’engagement renouvelé des Directeurs rassurent quant à la poursuite des activités à l’intérieur des collèges.

3.2 Formation des élèves pairs éducateurs

Les mercredis 2 et 9 février 2011, ont eu lieu dans la salle de fête du Lycée Toffa 1er, les sessions de formation des pairs éducateurs des collèges cibles du projet de sensibilisation contre les abus sexuels en milieu scolaire. Les participants sont au nombre de… dont trois femmes. Les objectifs de la formation sont :
 Augmenter le niveau des connaissances des participants en matière d’abus sexuel et de protection des jeunes filles à risque ou victimes
 Informer les élèves sur leurs rôles respectifs de relais et de pairs éducatifs
 Renforcer les compétences communicationnelles des professeurs, élèves et des parents d’élèves Déroulement : Les différentes séquences de la formation ont été meublées par les modules suivants :
 Module introductif : Echanges sur les abus sexuels en milieu scolaire et l’environnement protecteur de la jeune fille à risque ou victime d’abus Les échanges sur la thématique avec les élèves a permis de confirmer que l’abus sexuel en milieu scolaire n’est plus un tabou dans les écoles. En effet, les élèves ont parlé avec aisance des manifestations et des conséquences du phénomène. A la suite des échanges, les concepts abus sexuel, harcèlement sexuel, exploitation sexuelle ont été précisés aux participants afin qu’ils se familiarisent avec les différents termes. Par ailleurs, l’accent a été mis sur l’environnement protecteur de la jeune fille à risque ou victime et le rôle de base que doit jouer les futurs pairs éducateurs.
 Module 1 : la notion de pair éducateur Cette séquence a permis aux participants de savoir
- Ce qu’est un pair éducateur - Les intérêts à être pair éducateur
- Qui peut être pair éducateur ? - Les obligations du pair éducateur
- Ce que doit éviter le pair éducateur -

 Module 2 : Rôle et tâches d’un pair éducateur dans le cadre de la lutte contre les abus sexuels en milieu scolaire

Les participants ont à travers un brainstorming compris qu’ils doivent sensibiliser leurs camarades, discuter avec eux et les convaincre sur les conséquences des abus du harcèlement sexuels. Se basant sur les éléments de l’environnement protecteur de la fille à risque/victime, Il a été montré participants qu’ils doivent jouer à la fois un rôle de prévention et de protection de leurs camarades contre les abus et le harcèlement sexuels.

 Module 3 : les techniques de communication et simulations Trois techniques de communication ont été proposées aux participants afin qu’ils s’en servent pendant leurs interventions. Ce sont : - Les causeries éducatives - Les entretiens individuels - Les jeux de rôle Il leur a été indiqué les comportements qu’ils doivent adopter en tant pair éducateur (animateur).

3.3 Sensibilisation des parents d’élèves

Conformément au programme établi, une série de sensibilisations a été organisée à l’endroit des parents d’élèves des établissements des deux ordres d'enseignement de la commune d'Akpro-Missérété) respectivement au CEG de Gomè-Sota (samedi 22 janvier 2011), à la Maison des Jeunes et Loisirs d’Akpro-Missérété, à l’Arrondissement de Katagon (lundi 24 janvier 2011), au CEG Avagbodji, dans l’Arrondissement d’Avagbodji, (lundi 14 février 2011) et au CEG des Aguégués (jeudi 17 février 2011) dans l’Arrondissement de Houédomè dans la commune des Aguégués. 1. Objectif et groupes cibles: Les sensibilisations visent de façon général à:

1.1. Objectif Général : Eveiller la conscience des parents d’élèves sur la question des abus sexuels des jeunes filles en milieu scolaire - et de façon spécifique:

1.2. Objectif spécifique : Sensibiliser les parents d’élèves des communes d’Adjarra, d’Akpro-Missérété, des Aguégués et de Porto-Novo, sur les manifestations des abus sexuels sur les jeunes filles dans les écoles. 1.3. Groupes cibles Les sensibilisations ont respectivement touché 100 parents d'élèves au CEG de Gomè-Sota et quelques enseignants, 56 parents d'élèves et d'écoliers des localités de Vakon et d'Abogomè, 75 parents d'élèves et d'écoliers des arrondissements de Katagon et de Zoungbomè dans la commune d’Akpro-Missérété, 79 parents d’élèves et d’écoliers de l’arrondissement d’Avagbodji et 35 parents d’élèves et d’écoliers des arrondissements de Houédomè et de Zoungamè dans la commune des Aguégués.

2. Déroulement

Le déroulement des séances a suivi la même démarche qui comporte :

2.1. Entrée socio pédagogique Après les mots de bienvenue de l'autorité (Directeur du CEG de Gomè-Sota, Chef Service Affaires Sociale de la Mairie et Chef d'Arrondissement de Katagon), les objectifs de la rencontre ont été précisés aux participants, suivis de la présentation de CIPCRE et de la définition des règles qui doivent régir la séance avant d'aborder les modules qui seront développés.

2.2. Développement des modules

Le 1er module a porté sur Abus et exploitation sexuels des jeunes filles, cadre spécifique de protection des filles à risque ou victimes a permis de :
- harmoniser la compréhension des participants sur les différents concepts liés au thème ;
- entretenir les parents sur le maillon important de protection de leurs enfants qu’ils constituent ;
- échanger sur les manifestations du phénomène dans les écoles et leur milieu ;
- préciser l’existence et le contenu des textes juridiques pour protéger les filles et sanctionner les contrevenants ; notamment la loi 2006-19 et l'Arrêté interministériel 2003-16. Le second module a été abordé à travers une interpellation des parents sur les stratégies de protection des enfants filles. Ainsi, les parents ont reconnu leur responsabilité et celle des enseignants en ce qui concerne la protection des filles. Ils ont de ce fait pris des engagements qui se sont traduits comme des recommandations. Pendant les échanges, les parents d’élèves ayant reconnu la présence du phénomène, sont intervenus pour montrer les stratégies (exercices en groupe, intermédiation, etc.) utilisées par les enfants garçons et filles pour poser des actes décriés et dont les conséquences ne favorisent pas l’évolution des filles. De plus, il a été évoqué les modèles d’habillement et de maquillage des élèves filles qui s’exposent et se font plaire aux enseignants ; le rôle des médias à travers les feuilletons n’est pas oublié.

3. Conclusion et suggestions

Les interventions des participants enseignants et parents d'élèves et d'écoliers, témoignent de l'intérêt voire de l’importance du phénomène. Aussi reconnaissent-ils qu'ils doivent revoir leur stratégies et comportements à l'endroit des enfants filles et garçons qui servent d'intermédiaire pour les enseignants. De plus, ils ont souhaité que:
• les séances soient poursuivies dans les écoles avec des relais;
• les textes de lois soient diffusés et vulgarisés;
• les emplois du temps des enfants soient suivis ;
• la reprise des séances dans les villages afin de décourager les auteurs indélicats ;
• les mamans s’occupent exclusivement de l’éducation des filles, en leur prodiguant des conseils utiles à l’instar des comportements et valeurs sociales du milieu ;
• les parents prennent leur responsabilité en développant des stratégies qui visent à garantir un suivi périodique du travail des enfants en général et des filles en particulier.