Get Adobe Flash player
CIPCRE-Bénin : 1993 – 2020 : 27 ans d’engagement pour un Bénin plus humain, sain et vert.

GESTION INTEGREE DES RESSOURCES EN EAU

L’eau, une ressource essentielle à la vie et le développement humain est très largement tributaire de sa disponibilité. Malgré les nombreux efforts consentis au cours des quatre dernières décennies, des milliards de personnes n’ont pas accès à l’eau potable tandis que les ressources en eau sont à la base d’énormes catastrophes naturelles. Plus du tiers de la production alimentaire mondiale actuelle dépend de l’irrigation qui est tributaire de ressources en eau souterraine et superficielle. Cependant, l’augmentation  de  la population  mondiale entraine des  pressions énormes sur les ressources en eau de la planète provoquant ainsi des menaces sur la stabilité sociale, économique et politique de nombreux pays.

Au Bénin, le potentiel en eau des cours d’eau excepté les eaux du fleuve Niger, est globalement estimé en moyenne à 13 milliards de mètres cubes par an. L’utilisation actuelle de ces eaux de surface est très peu significative et ne concerne que l’alimentation en eau potable de quelques villes, l’abreuvement du bétail et l’irrigation d’environ 9000 hectares de cultures diverses. Toutefois, les projections de développement de l’irrigation au Bénin prévoient un accroissement de la demande en eau pour les prochaines années.

S’agissant des eaux souterraines, il est actuellement difficile de quantifier les réserves d’eau contenues dans les aquifères du Bénin compte tenu des données limitées dont on dispose. On évalue néanmoins leur capacité de recharge à environ 1,9 milliard de mètres cubes par an en moyenne. Elles sont essentiellement utilisées pour l’alimentation en eau potable des villes et des campagnes. Les prélèvements annuels sont de l’ordre de 0,03 milliard de mètres cubes par an. Ce qui représente à peine 2% de la recharge annuelle des aquifères. Mais cette abondance des eaux souterraines n’est que relative puisque dans les régions de socle (80% du territoire national au Centre et au Nord), le potentiel en eau souterraine ne suffira pas à couvrir les besoins à long terme. Il faudra alors recourir aux eaux de surface pour suppléer ce déficit relatif.

La situation ainsi présentée amène à penser que les ressources en eau du Bénin pourraient satisfaire globalement les besoins à long terme de notre économie à condition que ces ressources soient correctement maîtrisées et qualitativement préservées. Mais actuellement, seul un pourcentage très insignifiant des ressources connues est effectivement utilisé. Pour le Bénin, le problème de l’adéquation Ressources/Besoins à long terme se pose donc, non pas en terme de déficit de la ressource, mais en terme de maîtrise des ressources existantes.

Menaces sur la ressource en eau au Bénin

La République du Bénin dispose, toutes proportions gardées, d’importantes ressources en eau qui, moyennant une gestion rationnelle, lui permettront de couvrir ses besoins à moyen et à long terme.   Malheureusement, les conditions actuelles d’exploitation et de gestion des ressources naturelles en général constituent de sérieuses menaces pour la protection et la préservation des ressources en eau et par voie de conséquence pour la survie des générations futures.  Au nombre des actions ou des activités ayant des incidences sur la quantité et la qualité des ressources en eau on peut citer :

  • L’agriculture qui fait appel à des techniques culturales inappropriées (feux de brousse comme moyens de défrichement, exploitation des versants abrupts sans précautions particulières, labours orientés dans la mauvaise direction... etc) et à l’utilisation des doses d’engrais et de pesticides de plus en plus élevées et inadaptées. Dans ces conditions, le danger pour la qualité des ressources en eau est réel si des mesures appropriées ne sont pas prises à temps pour mieux organiser et contrôler les activités agricoles.
  • Pour faire face à un dépeuplement progressif des plans d’eau en diverses espèces halieutiques, les pêcheurs béninois ont initié et développé des techniques de pêches (confection d’enclos dans les plans d’eau, utilisation des filets à mailles très fines) qui accélèrent l’envasement des plans d’eau et aggravent davantage leur appauvrissement en ressources halieutiques.
  • Les écosystèmes humides du BENIN sont actuellement menacés par : une pression humaine de plus en plus forte de la part des populations riveraines qui continuent d’en prélever des ressources de manière incontrôlée et sans aucune référence à leur capacité d’auto régénérescence ; de mauvaises pratiques d’exploitation des hauts versants qui entraînent un ensablement, un envasement et une pollution chimique relativement rapides ; le fait qu’ils jouent le rôle de dépotoirs dans lesquels les ordures de toutes sortes sont rejetées sans aucun souci de leur pouvoir auto épurateur.
  • Les menaces qui pèsent sur l’eau de consommation au Bénin et qui sont essentiellement liées aux activités humaines souvent source de contamination chimique et bactériologique. Cette situation s’explique surtout par l’inexistence d’un réseau adéquat d’assainissement, et le non-respect des normes réglementaires de protection des champs de captage.La République du Bénin connaît actuellement un développement urbain rapide. Evaluée en 1992 à environ 36% de la population totale du pays, la population urbaine aurait atteint probablement une proportion de l’ordre de 50% à l’horizon 2010. L’évolution de ces pôles de concentration humaine couplée avec l’amélioration continue des conditions d’accès à l’eau potable entraîne secondairement un accroissement des volumes d’eaux usées rejetées par les usagers avec pour corollaires des besoins de plus en plus importants en infrastructures et équipements d’assainissement. Actuellement, l’absence ou le dysfonctionnement des systèmes d’évacuation des eaux vannes et les systèmes domestiques d’évacuation par l’infiltration dans le sol ainsi que l’actuel mode de traitement des excréta couplé au faible niveau de « latrinisation », constituent des menaces sérieuses de pollution des eaux de surface et de la nappe phréatique même si elle est relativement profonde. Le manque de contrôle lors de la construction des latrines favorise des malfaçons qui entraînent des échanges entre ces dernières et les aquifères des régions à dépôts très perméables. Toutes ces situations représentent une très grave menace pour la santé.

A ces éléments il convient d’ajouter les divers aléas climatiques (Saison de pluie violentes et irrégulières, crues, inondations, glissements de terrains, sécheresses prolongées, changement de climat).

En somme, les problèmes actuellement rencontrés dans le domaine de la gestion des ressources en eau sont de plusieurs ordres et le principal constat est que les ressources en eau sont souvent gérées par des secteurs différents tels que l’agriculture, la santé et le développement, qui se concentrent sur la réalisation d’objectifs spécifiques et n’agissent pas dans un cadre global équilibrant différentes utilisations de l’eau pour optimiser et partager ses avantages variés à l’échelle de lasociété et de l’économie. Cette fragmentation de la gouvernance augmente les risques pour la viabilité des ressources en eau, peut avoir des conséquences négatives non voulues et compromettrela fourniture de services écosystémiques par les ressources en eau. Une gestion avisée de l’eau et deszones humides nécessite une approche intégrée, plurisectorielle et pluridisciplinaire, reconnaissant la nature interconnectée des ressources en eau telle que prônée par la gestion intégrée des ressources en eau (GIRE) en vue de la protection et la préservation des ressources en eau et par voie de conséquence pour la survie des générations futures. 

 

Plus-value de la GIRE dans la résolution des problèmes liés à la Ressource en Eau au Bénin.

La gestion de l’eau est complexe quelle qu’en soit la forme. Il n’y a pas de panacée applicable à toutes les situations maisl’expérience montre que des processusde gestion adaptative qui font participerles acteurs et construisent lentement sur les réalisations et les succès de la gestionsont des outils essentiels pour obtenirdes résultats économiques, sociauxet environnementaux durables. Les processustels que la Gestion intégrée desressources en eau (GIRE) qui incluent lagestion de bassins versants remplacentl’approche sectorielle traditionnelle de lagestion des zones humides et des ressourcesen eau et garantissent que toutesles complexités sont prises en compte etnon plus ignorées ou utilisées comme excusepour préférer les décisions d’investissementà la protection de l’infrastructurenaturelle des zones humides. Selon le Partenariat Mondial de l’Eau, la GIRE est « un processus qui promeut la gestion et le développement coordonné de l’eau, du territoire et des ressources associées de manière à optimiser le bien-être économique et social en résultant, d’une façon équitable sans compromettre la durabilité des écosystèmes vitaux ». En tant que processus de changement, qui vise à transformer les systèmes de gestion et de développement de la ressource en eau actuellement non durables, le concept de la GIRE n’a pas de point de départ déterminé et est probablement un processus qui n’a pas de fin. Il s’agit d’un défi aux pratiques, aux attitudesconventionnelles et aux certitudes professionnelles. Elle confronte les intérêts sectoriels arrêtés et exige que la ressource en eau soit contrôlée dans son ensemble pourl’avantages de tous : La GIRE est surtout une philosophie sociale, un principe de vie.

 

Conscient de l’enjeu, le CIPCRE-Bénin œuvre inlassablement au côté des autres acteurs du secteur de l’eau à travers le Partenariat National de l’Eau (PNE-Bénin) en vue d’assoir définitivement la GIRE dans les habitudes quotidiennement. Les efforts déployés dans ce cadre se sont particulièrement illustré au niveau de la lagune de Porto-Novo où l’Initiative Pilote GIRE Lagune soutenue par les Pays-Bas a contribué à construire et faire fonctionner le mécanisme institutionnel chargé de booster la gestion de cette ressource selon l’approche GIRE. Bien que n’étant pas une fin en soi, la GIRE est un moyen d’atteindre trois objectifs spécifiques clés :

L’Efficacité du fait que, au vu de la rareté des ressources (naturelles, financières et humaines) il importe de chercher à optimiser le bien être économique et social, issu non seulement des ressources en eau mais également des investissements en matière de fourniture de services en eau.

L’égalité dans l’affectation des faibles ressources en eau et des services au profit de groupes économiques et sociaux différents est essentielle pour réduire les conflits et promouvoir un développement social durable.

La durabilité de l’environnement, du fait que toute tentative visant à réformer la gestion de l’eau est vouée à l’échec si la base de ressources en eau et les écosystèmes associés continuent à être perçus comme étant éternels et si nous continuons de mettre en péril « le système hydraulique dont nous dépendons pour notre survie » (World Water Commission 2000)